Mardi 2 juillet 2019, à Perpignan, notre confrère Robert Masson quittait ce monde. Il avait 87 ans, dont plus de 60 consacrées à la naturopathie.

Personnage atypique dans le panorama de la profession, haut en couleur car sans cesse porté par la passion et la volonté d’enseigner au plus grand nombre les clés de la santé naturelle, Robert mérite ici notre sincère et fraternel hommage.

Il racontait souvent qu’à l’âge de 15 ans, une grave insuffisance cardiaque l’avait condamné à trois ans d’espérance de vie. Il avait alors décidé de se battre et, résolu à comprendre la maladie pour en éradiquer les causes, il se mit à étudier des dizaines d’ouvrages sur la physiologie, les plantes, l’homéopathie ou la nutrition. Il fréquenta les pionniers de l’hygiène de vie qui illustrèrent si bien l’esprit naturopathique des années 50 et 60, comme Raymond Lautié, André Passebecq, Grégoire Jauvais, Raymond Dextreit, Louis Clair, Marcel Rouet ou André Roux. Mais c’est surtout Pierre-Valentin Marchesseau (1911-1994) qui lui apporta le cadre méthodologique et la synthèse indispensables pour mettre de l’ordre dans les pratiques des médecines naturelles. Il sera son brillant élève à l’Institut d’Hygiène Naturelle de la rue d’Enghien, à Paris, puis deviendra son bras droit (avant qu’Alain Rousseaux puis Christian Brun ne prennent le relai). Il dira longtemps du maître de la naturopathie latine qu’il fut « le plus grand propagateur et vulgarisateur de la Naturopathie en France, avec son style concis et clair ».

C’est dans les années 70 (où nous étions alors étudiant) que nous rencontrons Robert Masson et que nous commençons à apprécier ses talents de conférencier et d’auteur. Son premier livre, « Soignez-vous par la nature » devient rapidement un succès auprès du grand public. Les années passant, son sens aigu de la critique lui fait prendre beaucoup de distance vis-à-vis du courant orthodoxe de la profession, et il développe, en farouche tribun qu’il est, tout un crescendo d’ouvrages où il fustige, sans concession, les excès de l’hygiénisme, le dangereux fondamentaliste qui anime hélas les plus fanatiques des thérapeutes. On trouvera trace de ces critiques, certes bien souvent pertinentes, dans « Folie et sagesse des médecines naturelles », puis dans « La naturopathie foudroyée », « Les nouveaux dogmes en nutrition » ou encore « Les vrais compléments alimentaires » … Cette attitude lui vaudra de se couper des structures fédérales ou associatives pour tracer sa propre route. Qui pourra oublier ses interviews ou ses articles où il stigmatisait les dangers du crudivorisme, du végétarisme, du grignotage, des dissociations alimentaires ou des cures de citron ! Il avait même collecté de spectaculaires photographies de patients mal conseillés, et parvenus dans de tels états d’amaigrissement et de dévitalisation, ajoutant ainsi la puissance des images à celle des mots ! Il créa aussi sa propre gamme de compléments alimentaires, SDN-Nature. Le Quid de 1989 avait déjà parlé de lui comme l’un des co-fondateurs de la naturopathie française, et comme le créateur d’un réglage alimentaire individualisé qu’il nomma « eutynotrophie ».

Cet autodidacte franc-comtois savait briller par sa détonante rébellion et fut fort justement surnommé par les journalistes le « fer de lance de la naturopathie ». Mais il savait aussi émouvoir par l’empathie de son grand cœur ou sa sensibilité de poète, et ses fréquentes confidences sur sa vie amoureuse révélaient un vrai romantique derrière son masque d’insoumis. Combien de fois sommes-nous tombés dans les bras l’un de l’autre, dans une allée des salons Marjolaine ou Médecines Douces, pour partager quelques souvenirs, quelques projets grandioses ou quelques coups de griffe adressé au système de santé ! Je savais comment le taquiner par la même question chaque année : « Alors, Robert, quand viendra-tu rejoindre la fédé ? » … Et sa réponse demeurait la même : « Non, pas utile, … tu sais Daniel, trop d’anatomie, de physiologie, ça ne sert pas à mes élèves ; ce qu’ils veulent, c’est mon expérience, mes solutions pratiques… ! ». Après avoir été chargé de cours de Naturothérapie durant quelques années à la Faculté de Médecine Paris XIII, et obtenu le « Prix International de l’Académie Diplomatique de la Paix au Mérite des Médecines Naturelles », il avait en effet fondé sa propre école dans les années 90, le CENA (Centre Européen de Naturopathie Appliquée), aujourd’hui dirigée par Sandrine Navarrete-Masson.

On se souviendra de l’œuvre de Robert Masson via tous ses livres, ses milliers de conférences, des vidéos… mais le plus précieux à préserver sera probablement la trace qu’il aura initiée à l’encontre des dérives professionnelles : Devenu maître dans l’art d’ébranler la fourmilière des plus fantaisistes des praticiens, nous devons saluer le courage, l’engagement et la détermination de Robert au service de la santé publique. C’est au nom du bon sens et du respect de la physiologie humaine qu’il parvint à éveiller un peu plus de discernement chez les consommateurs. Hommage lui soit rendu pour cela.

Robert, il est vain de prétendre retracer ta vie en si peu de lignes, et tu pardonneras ma maladresse comme mes lacunes biographiques. Gageons que de ton regard d’aigle, tu sauras veiller sur la corporation et inspirer encore et encore les humbles chercheurs de vérité.

Repose en paix et hauts les cœurs !

Daniel Kieffer